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+2 # José 15-10-2019 10:10
Missive au Père Plexe


Révérend Père Plexe,

Je vous informe d’un triste évènement survenu au monastère de ville Brequins, sous la gouverne du Père Forré. Nos bâtiments, un peu à l’écart de la ville, sont situés au clos Dican, à l’orée du petit bois Theux.

Dimanche, à la sortie des vêpres, l’abbé Quille trébucha sur le coin du tapis près de l’autel. Le Père Ylleux, d’un seul bond, s’élança témérairement pour le rattraper, mais l’abbé Quille plongea tête première au pied des marches où il s’étala brutalement, immobile et silencieux. Le père Sévérant combattit longuement pour le réanimer, en vain.

On dépêcha aussitôt le Père Manganate et le Père Itoine, les deux médecins du monastère, ainsi que le Père Occide, leur assistant aux cheveux éternellement blancs. On fit venir aussi du couvent voisin Mère Curocrôme, l’infirmière aux joues écarlates. À leur grand désespoir, le gisant ne donnait aucun signe de vie. Même le Père Limpinpin, herboriste émérite appelé d’urgence, n’y put rien. L’abbé Quille, raide comme un bâton, décéda entre leurs mains sous nos yeux horrifiés. Le Père Icklyte était effondré. On retrouva le Père Thurbbé dans les jardins en compagnie du Père Dhu : ils erraient dans un mal-être indescriptible. Seul le Père Fide restait joyeux. L’abbé Tise et l’abbé Bethe, malgré les grâces du saint Plet, ne réalisèrent pas qu’avec le départ de l’abbé Quille nous perdions le principal soutien de notre communauté du petit bois Theux.

Les funérailles furent organisées trois jours plus tard, lorsque Mère Kreddi put se libérer de ses fonctions du couvent Thilé, administré rigoureusement par la Mère Cantile. Pour l’occasion, la riche famille de l’abbé Tancourt fit une généreuse donation pour les obsèques, que le frère Ézonable géra, comme toujours, de façon économe.

Entre temps, la Mère Cantile et la Mère Idyonnale, toujours bien bronzée, s’occupèrent de vendre à ville Brequins des épinglettes en tissu à l’effigie de l’abbé Quille. C’était une idée du frère Amboursé, toujours de bon conseil pour financer les activités de l’Église. Les épinglettes avaient été fabriquées à la hâte par la Mère Deuze et la Mère Dick. La Mère Haboir n’eut pas le courage de les aider, la tâche lui semblant titanesque. On avait aussi sollicité la Mère Lhu, arrivée depuis peu du Vietnam, mais comme elle se sentait souvent entre deux eaux, son apport n’avait pas été très utile. La none A. Génère, elle non plus, vu son âge avancé, fut d’aucun secours.

Malgré la bonne volonté de la Mère Deuze, de la Mère Dick et de la Mère Lhu, les épinglettes n’étaient pas trop bien réussies. La mère Dallor rouspéta vertement, signifiant que l’abbé Quille méritait mieux que ça ! La Mère Sy, toujours pleine de gratitude, considéra que c’était déjà très bien d’avoir pu confectionner ces épinglettes en si peu de temps. La Mère Veilleuse apporta toute sa compassion aux trois sœurs réprimandées pour les réconforter.

Le jour venu, le Père Cussion sonna énergiquement les cloches, qui résonnèrent leur appel aux alentours. La messe fut célébrée sur une musique de l’abbé Thoven. Le Père Ocquet fut chargé du sermon et, comme il n’y avait pas de chaire, il monta sur les épaules du Père Choir. L’abbé Raibask, adorateur du saint Gullier et un peu à part des autres, se faisait toujours remarquer lors des cérémonies par sa tenue vestimentaire originale. Il en allait de même pour Mère Hippopinnz qui ne se déplaçait jamais sans son parapluie, surtout les jours de grands vents.

À la fin de l’homélie, le Père Septeur fit la quête et remit les dons ainsi recueillis à notre frère africain, l’abbé N’Pé. Le Père Ampe-Sion arriva à ce moment-là. Tous connaissant en lui le retardataire invétéré, personne n’en fut offusqué. Fatigué, le curé Yhé, qui n’avait pu s’asseoir en raison d’une malformation aux fesses, s’en alla.

Après la messe, sous le coup de l’émotion, une polémique fit rage. L’abbé Casse voulut que le cortège funèbre traversât les champs luxuriants du Père MacHultur, alors que le Père Clus, incapable d’une telle prouesse, s’y opposa. Pour l’abbé Canne, les deux parcours demeuraient envisageables. Le Père Sonnage, quant à lui, revendiqua qu’on fasse appel à la Mère Cédès en reconnaissance du soutien indéfectible de l’abbé Quille.

Le Père Vers et le Père Nicieux semèrent le doute dans les esprits échauffés tandis que le Père Sixfleur ridiculisait sans vergogne les uns et les autres. Le Père San devint rapidement la tête de turc, et on lui attribua gratuitement la responsabilité de cette terrible discorde. L’abbé Routhe souffrit également des attaques incessantes des autres.

L’abbé Moll voulut relativiser les choses, mais le Père Méhable resta tout de même très affecté par ces altercations. Heureusement, l’abbé A. Thitude calma les protagonistes grâce à sa sérénité inébranlable et contagieuse. Le Père Iscope, quant à lui, avait observé discrètement la scène en silence. Absent, le Père Missio-Nair, évita toutes ces tractations pour le moins bouleversantes en de telles circonstances.

Finalement, l’avis du Père Mannant transmis habilement par le Père Suazif rassembla tout le monde : comme à l’accoutumée, l’abbé Taillière serait chargé du transport du corps du défunt selon l’itinéraire habituel. Il sera assisté du Père Mutable, sur qui on pouvait compter pour une grande variété de tâches. Nous fîmes appel à la Mère Cédès et à la Mère Cury pour aller chercher ceux qui étaient trop loin.

Au cimetière, le Père Forateur avait pris soin de creuser la fosse au pied de la sobre pierre tombale préparée par l’abbé Tonneuse. Après l’absolution donnée par l’abbé Nédixion, le cercueil fut recouvert de terre. Le Père Venche et l’abbé Gonia déposèrent alors quelques jolies fleurs pour signifier les meilleurs sentiments de notre communauté envers l’abbé Quille, subitement disparu. Durant toute la cérémonie, l’air perdu, le Père Péthuel récita inlassablement les mêmes prières. Quant à l’abbé Gaymand, sous le choc, il n’arrivait plus à parler.

Quelle désolation, à la vue du Père Pandy-Culair, plié en deux, gémissant de douleur et de l’abbé Vitré, étouffé de chagrin, essuyant ses grands yeux plein de larmes ! Le Père Gélisol, quant à lui, malgré ses nombreux lainages, grelottait fébrilement, les pieds complètement glacés. Ah ! que d’émotions ! Seul l’abbé Rand resta stoïque.

De retour au monastère, sous les onctueuses directives de l’abbé Chamelle, inspiré des recettes du saint Doux, le Père Sil et l’abbé Trave préparèrent les légumes. De son côté, le Père Igord monta les assiettes de charcuteries. La Mère Cato dissimulait tant bien que mal son addiction au foot. Discrètement, avec l’accord tacite du Père Missiphe, elle s’éclipsa avant le repas pour aller voir un match. Le Père Spicace vit clairement leur jeu mais ne dit mot : il ne fallait surtout pas troubler ce jour solennel au risque de s’attirer les foudres du Père Sécuteur !

Le Père Neault s’empressa de servir l’apéro pour dissoudre les dernières tensions. Après le repas, l’abbé Nédictine proposa le digestif alors que le Père Collateur offrit le café. Chacun fut enfin remis de ses émotions… chacun, ou presque, car le curé Zonne, le curé Plik, le curé Pont et le curé Torque eurent des problèmes de digestion assez bruyants, mais rien d’inquiétant… pour eux, du moins. Toutefois, le Père Fuzé dû rester à l’infirmerie quelque temps vu la gravité de son état. Et comme il ne dormait plus depuis trois jours, on mit le Père Thuis sous calmants pour l’apaiser. La sœur Éthabli, quant à elle, eut aussi un malaise, mais se remit rapidement.

Comme vous devez le savoir, le pape Harrazi, reconnu pour ses innombrables photos des plus grands ecclésiastiques prises sur le vif, était aussi un grand ami de l’abbé Quille. Il dépêcha donc à la cérémonie funéraire la célèbre Mère Ylstrip, éternellement dévouée à saint Tropez. Ses talents de comédienne, m’a-t-il confié, lui permettront de préparer un film sur la vie du défunt… mais pas que sur lui. Sœur Apell fut désignée pour noter les faits entourant les funérailles de l’abbé Quille. Le Père Fectible verra à ce que les détails trop privés soient omis.

Avec cette biographie sur l’abbé Quille, le pape Harrazi voudrait surtout rendre hommage à ses prédécesseurs : le pape Agatto, apprécié pour toutes les attentions données à ses fidèles ; le pape Hotte-Baucout, reconnu pour ses longues oraisons ; et le pape Ikrouland, resté avec ténacité à la tête de l’Église malgré la maladie. Un mot serait aussi réservé au pape Wazi pour ses œuvres en Nouvelle-Guinée, au pape Lusse-Pamoing, un modèle de modération en tout et, finalement, au remarquable pape Iké-Dévers pour son intensité et ses actions hors de l’ordinaire. On fit appel à sœur E. Mémorre pour ses souvenirs précis afin de n’oublier aucun fait marquant.

Le pape voulait également que l’on y parle de la Mère Caba pour sa grande proximité avec Dieu, de l’abbé Névolle pour son dévouement exemplaire, sans oublier la sœur Étréssi, la doyenne de l’Église. Il souhaitait aussi y présenter une miraculée, la sœur Égénère : elle ne vieillissait pas malgré son âge avancé, et il songeait déjà à sa béatification. La conversion de l’abbé Naquisse, Amérindien devenu porteur des paroles de l’Évangile, devait finalement compléter le tableau. Le pape Harrazi réclama que l’on prenne beaucoup de photos de chacun d’eux.

Votre dévoué Père Fexion
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Auteur : José M. Mateus (2018) – inspiré de Lettre au Père Spicace (auteur inconnu)
www.directlivre.com
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